Actuellement se tient une exposition au Musée Marmottan, à Paris, à côté du parc du Ranelagh. Cette exposition, l’Orient des peintres, bénéficie de hors séries, et aborde à son tour le thème de « exotisme » en peinture, dans la période romantique et moderne. Ce musée, géré par l’académie des Beaux-arts, et qui est d’abord le réceptacle des collections de Claude Monet, propose ainsi une exposition concurrente ou complémentaire de l’exposition du Modèle noir au Musée d’Orsay (voir notre compte-rendu par ailleurs).

A priori, c’est une très bonne nouvelle, cela démontre

a) que le sujet est très en vogue

b) qu’il y a suffisamment d’œuvres pour que deux Musées importants dédiés à l’impressionnisme lancent une exposition en même temps.

Sans surprise, on retrouve des mêmes noms de peintres entre les deux expositions, de Delacroix, Chassériau, Gérome à Valotton ou Matisse, par exemple. Après, les deux partis-pris sont un peu différents. Le Musée Marmottan sous-titre son exposition « du rêve à la lumière ». L’exposition se concentre aussi sur des tableaux, contrairement à Orsay, qui intègre aussi des livres, affiches, carnets, lettres ou films, avec une dimension plus sociologique. Avec moins de pièces (le Musée est plus petit), l’exposition ne se concentre pas non plus que sur des figures, et propose aussi de nombreux paysages qui frisent parfois avec l’abstraction.

Un des principaux enseignements de l’exposition est que de nombreux peintres ont voyagé et l’on constate quelques toiles peu connues des catalogues habituels, avec Renoir peignant des palmiers ou Paul Klee dessinant des ruelles étroites de Tunisie dessinant des motifs quasi abstraits.

L’accrochage semble démontrer que les paysages orientaux d’abord imaginaires et recrés en atelier, car assez invraisemblables, au contact de la réalité et de ses lumières lorgnent vers l’abstraction.

Sociologiquement, la démonstration semble un peu l’inverse du Musée d’Orsay, en montrant au public, moins cosmopolite qu’à Orsay, que de nombreux peintres, presque la plupart, ont eu raison de tenter l’influence oriental, et que ce contact a pu être positif. Très peu de noms de modèles mis en avant ou de tableaux renommés contrairement à Orsay. Au contraire, on apprend que des modèles orientaux peuvent être de jeunes femmes normandes grimées (mais on ne saura pas qui). Les orientales qui ont servie de modèle sont décrites de façon génériques encore comme des femmes de basse condition, ou des prostituées. Lorsque, pour Albert Marquet, on aborde l’importance de Marcelle, née en Algérie, qui deviendra sa femme, et qui l’amènera à rester et revenir si souvent de l’autre côté de la Méditerranée, elle ne sera rien d’autre qu’une silhouette sur une toile de leur appartement ouvrant sur la cuisine…

Pour lutter contre la figure d’Olympia centrale dans l’accrochage au Musée d’Orsay, il fallait bien la grande Odalisque d’Ingres qui figure d’ailleurs sur les affiches.

Petite déception, si l’exposition s’ouvre bien sur une petite baigneuse d’Ingres, le grand format de l’Odalisque est en fait la copie qu’en a effectué Eugène Fromentin, même si figurent certaines esquisses originales d’Ingres.

Ce qui est dommage, c’est que le reste des collections du Musée laisse transparaître des indices autrement plus prometteurs, au milieu du goût pour l’Egypte des meubles 1er empire. Ainsi de ce saint Maurice allemand de 1536, qui veille avec son uniforme armé à la descente de croix du Christ, dès l’entrée du Musée. Ou bien cette petite vue du Château de Raincy de Carrmontelle, avant la révolution qui montre le parc du château avec des promeneurs, et une vue rare, avec un groupe qui pourrait représenter le chevalier Saint George et son uniforme rouge, lui qui était un familier du propriétaire le duc d’Orléans. Ou encore parmi l’ancienne collection d’enluminure du Musée cette rare représentation de l’adoration des Mages du XVIe siècle, ou ne figurent pas un, mais plusieurs maures dans la foule venue assister à l’événement.

Et le dialogue avec une œuvre contemporaine se fait ici davantage avec l’oeuvre de Monet qu’avec le thème de l’exposition temporaire.

Au final, l’exposition montre que ce thème de l’Afrique ou de l’Orient est sans doute encore bien plus universel qu’on ne le croit dans la peinture, et qu’il n’était sans doute pas en germe. D’autres tableaux, esquisses ont peut-être été perdus ou semblent à redécouvrir. C’est un palier et parmi les épées d’académiciens que l’on découvre dans le parcours avant de passer à la boutique, il n’y pas (encore) celle d’Ousmane Sow, et le fléchage de l’exposition destiné aux touristes passionnés propose évidemment un Climax après l’exposition temporaire avec l’assemblage des Nymphéas, Cathédrales et autres Impressions du Soleil levant. Si on explique parfois que la représentation du modèle noir a attendu l’apparition industrielle des pigments noirs (auparavant forts chers et inaccessibles) – et ce thème ironique des pigments naturels des souks égyptiens repeints avec des pigments industriels est souligné dans l’accrochage à Marmottan – on ne saurait évidemment prendre le titre de l’exposition du rêve à la lumière comme une apologie ou un programme à prendre au pied de la lettre (donc une distance) au regard de ces modèles bien réels noirs ou orientaux.

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