Portrait de Madeleine, 1800 Dit aussi Portrait d’une femme noire Service presse/Musée d’Orsay

Les événements médiatiques qui s’intéressent à l’art et aux tendances Mode afro-caribéennes se multiplient à Paris ces derniers temps. Après l’exposition consacrée à Basquiat à la Fondation Louis Vuitton, le Musée d’Orsay ouvre sa grande exposition Le Modèle noir, qui fait aussi écho au succès de librairie « Noir, entre peinture et Histoire » de Naïl Ver-Ndoye et Grégoire Fauconnier (éditions omnisciences), et le musée Marmottan en profite pour faire son focus sur l’Orient dans la peinture… L’arrivée dans le paysage il y a quelques années du Musée du Quai Branly qui explore assez régulièrement ces thématiques a sans doute joué un rôle, mais il semble que l’on soit passé dans une nouvelle ère. Le Musée d’Orsay ne fait pas les choses à moitié, et de nombreuses revues (Beaux-Arts Magazine, Connaissance des arts) y vont de leur supplément. L’exposition s’accompagne également de tables-rondes, concerts et même de l’exposition d’une nouvelle œuvre contemporaine de Glenn Ligon, qui trône au fond de la grande galerie du Musée.

L’exposition suscite la curiosité des habitants des beaux quartiers qui viennent scruter d’un peu près ces pages de l’Histoire de l’art, qu’ils ont suivi jusqu’ici d’un peu loin. On observe aussi déambuler des personnes seules, ou des familles, peut-être moins familières du Musée, mais qui lisent avec attention les cartels de cet hommage et remise en perspective de la place de la culture noire au sein de l’une des plus grandes institutions parisiennes, dans un parcours qui démarre à la Révolution française (jalon de départ choisi pour l’exposition). Comme le font remarquer certains, la communauté afro-antillaise, avec cette succession de mise en avant, a largement de quoi parler culture en ce moment au détour d’un café, et il s’agit assurément du « must-see » du moment.

Affiche de l’exposition le modèle noir, De Géricault à Matisse

Il faut dire que par rapport au Musée du Quai Branly, Orsay a évidemment des arguments de poids en étant capable de présenter Olympia de Manet, des Gericault, Cézanne, Matisse à côté de gravures, films et affiches de cirque moins habituelles qui contextualisent les représentations de Joséphine Baker ou du clown Chocolat.

Edouard Manet (1832 – 1883) Olympia, 1863
Présenté au Salon de 1865 – Huile sur toile, 130,5 X 191 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 644 – Photo © Musée d’Orsay, Dist. RMN
Grand Palais / Patrice Schmidt

L’exposition est rythmée autour de plusieurs étapes historiques : la Révolution française et la première abolition de l’esclavage, la période romantique autour de 1848, le tournant du siècle autour du music-hall puis les années folles, le jazz et les arts premiers. L’exposition se clôt sur des oeuvres contemporaines qui revisitent des pièces célèbres comme l’Olympia de Manet et ses codes implicites. Comme Musée du romantisme et de l’impressionnisme, Orsay reste assez centré sur les lieux de représentation important que constituait le salon des peintres et les nombreux scandales qu’il a accueillis et le milieu des Beaux-arts. Olympia et le scandale sur son contenu implicite lié à la prostitution en est un exemple mais l’exposition présente aussi le portrait de l’Abbé Moussa, premier portrait nominatif d’un africain présenté au Salon et aussi d’intéressantes notes de carnets de peintres ou de registres des beaux-arts sur les noms de modèles. L’exposition, qui a approfondi des recherches sur le sujet présente en effet de nombreuses informations sur les différents noms souvent redécouverts des modèles peints sur différents tableaux.

Sujet de la performance commandée par le Musée d’Orsay à l’artiste américain Glenn Ligon (Les parisiens noirs), ces modèles sont des ex-anonymes récurrents d’une toile à l’autre qui deviendront peu à peu des personnalités qui ont leur activité dans les arts ou le music-hall ou des égéries à la suite de Jeanne Duval, inspiratrice de Baudelaire. Que les sujets aient eux-même des talents artistiques ou non, voici un point central de l’exposition qui en profite pour revisiter ou dépoussiérer un certain nombre de titres de tableaux (qui ont d’ailleurs été fluctuants au courts de l’histoire). Il s’agit d’ailleurs d’une des premières notices à l’entrée de l’exposition. Exit les portraits d’un nègre et place au portrait de Joseph par exemple. De fait, même si l’exposition explique que certains recherches sont en cours, de grands efforts ont effectués pour retrouver ne serait-ce qu’un prénom. Et tous les ingrédients d’une recherche policière sont là, à partir d’un nom et d’une adresse sur un calepin, un prénom au dos d’une photographie, la signature d’un registre de pose…

Jeanne Duval, 1862
Huile sur toile, 89,5 × 113 cm
Budapest, Museum of Fine Arts, 368.B
Photo © Museum of Fine Arts Budapest, 2018, photo by Csanád Szesztay

Toute l’exposition s’en trouve « humanisée ». Les caricatures, « à charge » demeurent mais elles ne sont pas anonymes et visent des personnes en particulier (par exemple Alexandre Dumas) et sont mises au regard d’un contexte polémique (par exemple la bataille parlementaire autour de l’abolition).

Cela change radicalement le contexte par rapport à une lecture anthropométrique et raciste que l’on croyait d’une époque marquée par le colonialisme et un racisme implicite. Le paysage se trouve peupler de visages précis avec un nom et une histoire. Les intentions « discourtoises » ne sont pas tout à fait gommées, mais par exemple lorsque Ingres commande à Chassériau et au modèle Joseph de préparer des esquisses, il n’en précise pas le but qui n’aboutira pas, et l’exposition précise que ni Chassériau (néa à Saint Domingues) ni Joseph ne sauront qu’Ingres s’intéressait à représentation de Satan. L’exposition présente aussi des photos, au fil de l’exposition, qui montrent une complicité croissante entre les modèles et les artistes qui pique-niquent ensemble : Adrienne Fidelin aux côtés de Man-Ray, et ses amis, ou Matisse, qui fait poser la fille d’une connaissance, pour ses portraits qui exaltent la Martinique…

Pierre Puvis de Chavannes (1824 – 1898)
Jeune Noir à l’épée, 1848 -1849
Huile sur toile, 105 × 73 cm
Paris, musée d’Orsay, RF 2009 18 ; achat en 2009
© Photo musée d’Orsay, Dist. RMN-
Grand Palais / Patrice Schmidt

Ce même paysage semble s’en trouver apaisée, place étant vraiment faite dans le patrimoine à des hommes et des femmes qui retrouvent leur état-civil… En sortant des murs, une autre impression vient toutefois à l’esprit. Bien loin d’individualités exceptionnelles, ces modèles semblent être des témoins au passages d’autres vivants pour le coup restés anonymes et qui peuplaient la capitale bien loin des dorures, des appliques et des consoles avec leurs bouquets de fleurs. Au delà d’un changement de regard sur la fraternité et une conception universelle de l’homme, ces fragments d’image laissent entrevoir une vision de ceux qui visiblement sont quand même là depuis pas mal de temps…

Une exposition à voir (en même temps que les collections permanentes) avec de nombreux événements associés. A noter le travail important de préparation effectué, avec des lycées qui ont travaillé sur ce thème de la représentation, et dont une sélection des travaux exécutés a l’honneur d’une des galeries coursives qui traversent le musée…

Autour de l’exposition

Publications Catalogue de l’exposition, coédition musée d’Orsay/Flammarion, 21,6 x 28,8 cm, env. 400 p., 45€

Abd Al Malik, Le Jeune Noir à l’épée, livre-disque, coédition Présence Africaine/musée d’Orsay/Flammarion, 24,90€

Marie Ndiaye, Un pas de chat sauvage, coédition musée d’Orsay/Flammarion, 12€

Rencontres Vendredi 29 mars à 12h,conférence inaugurale avec les commissaires de l’exposition

Lundi 6 et mardi 7 mai, colloque Patrimoines déchaînés. Le paysage culturel de l’esclavage: héritages et créations

Vendredi 10 mai, soirée littéraire Nuit du Tout-Monde, Patrick Chamoiseau, Sylvie Glissant…

Jeudi 16 mai à 19h,table ronde Femmes noires de France modérée par Pap Ndiaye

Visites guidées

Visites de l’exposition du 2 avril au 29 juin, les mardis, samedis, 11h30 et 14h30, les mercredis, vendredis, 11h30, les jeudis, 11h30 et 19hVisites en famille: À la rencontre des modèles, les samedis à 11h et 15hVisites en langue des signes, samedi 27 avril à 14h et jeudi 13 juin à 19hVisites thématiques de l’exposition:Les vendredis 5, 12, 19 et 26avril, 14h30,Paris -Harlem. Les premières célébrités noires du monde des arts

Les jeudis 2, 9, 16 et 23 mai, 14h30,Vision fantasmée ou exotique de «l’Autre»

Les jeudis 6, 13, 20 et 27 juin, 14h30,Couleurs de peau, à fleur de toile

Spectacles Jeudi 4 avril, vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 avril, Abd Al Malik à Orsay.Le Jeune Noir à l’épéeJeudi 23 et vendredi 24mai,Mon Elue noire (Sacre#2),Interprétation,Germaine Acogny. Chorégraphie, Olivier Dubois

Musique

Jeudi 11 avril 2019, Joséphine Baker, Paris mon amour.Avec Magali Léger et l’Ensemble Contraste.

Jeudi 18 avril 2019,Black is beautiful. Avec ClémentMao-Takacs, Edwin Fardini, Mata Gabin et Secession Orchestra

Projections –en présence des réalisateurs

Vendredi 12 avril 2019, Darling Légitimus, ma grand-mère, notre doudou, de Pascal Légitimus

Mardi 28 mai 2019,S’en fout la mort,de Claire DenisCurieuse nocturne

Jeudi 13 juin 2019,Modèles noirs, artiste invitée: Calypso Rose

Musée d’Orsay : Le modèle noir du 26 mars au 21 juillet 2019 – 1 rue de la Légion d’Honneur 75007 Paris

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