Le Chorégraphe Joseph Aka est une figure maintenant bien installée en Savoie et en Région Rhône Alpes. Avec sa compagnie Abissa, ce dernier multiplie les rendez-vous de création chorégraphiques et des stages de sensibilisation avec différents danseurs. La compagnie a aussi un pied sur le continent africain en développant un lieu de résidence en Côte d’Ivoire, à Botinde, et en sillonnant les festivals. Quelques questions sur le créateurs notamment sur l’engagement de ses dernières pièces à l’orée d’une prometteuse saison Afrique 2020. Rencontre avec Françaises Ethniques.

La compagnie est bien installée en Savoie (et en Isère) depuis plusieurs années déjà. Il y a un certain nombre de rendez-vous (auxquels contribue la compagnie) qui s’intéressent désormais à l’Afrique dans la région. Est-ce un hasard ou est-ce peut-être lié à la nature de ce territoire ?

La Savoie est effectivement un territoire de brassage, ceci explique partiellement les nombreux rendez-vous proposés par ce territoire en lien avec le continent africain. Il me semble qu’il est également important de souligner que depuis quelques années, le monde de l’art du continent africain s’expose à l’international, le spectacle vivant, les arts plastiques, le théâtre acquièrent une certaine reconnaissance. Tout naturellement la Savoie participe à cette exposition et je suis heureux d’en faire partie.

La compagnie travaille en Savoie mais diffuse aussi ses projets y compris dans des festivals internationaux, par exemple sur le territoire africain, avec une année 2020 qui s’annonce chargée. Les projets de la compagnie sont quelque part « made in Savoie ». Quel est le regard extérieur sur cette proximité avec les montagnes ? Est-ce que la compagnie est un peu, à sa manière, une ambassadrice du XXIe siècle des Pays de Savoie ?

La compagnie est ambassadrice de l’ouverture au monde de la Savoie. L’environnement n’est pas anodin dans une création, une part inconsciente de l’artiste est touchée par les paysages et l’atmosphère d’un lieu qui se mêlent naturellement au message et sentiments qu’il souhaite transmettre.

En ce qui concerne 2020, année de l’Afrique, je ne peux qu’être satisfait, comme je le suis de toute mise en avant positive de ce continent dont je suis originaire. En ce qui concerne les deux créations qui tournent « No rules » et « où je suis étranger », la première a été créée au Ghana et la seconde en France. « No rules » traite de l’oppression des règles sociétales, du poids des traditions qui entravent l’humain. « Où je suis étranger » s’intéresse au départ, au mouvement, à l’avancée du temps, qui fait de nous des étrangers aux lieux mais aussi à nous-mêmes.

La compagnie aborde des thèmes de société, l’identité, les frontières en lien avec le patrimoine immatériel lié à l’Afrique…

Je crois qu’avant tout, ce qui nourrit l’art c’est l’humain, indépendamment des origines et des appartenances. L’humain dans ce qu’il a d’universel, ce patrimoine génétique commun, cette appartenance à la même espèce qui nous lie mais que trop souvent on oublie. L’art, en dénonçant, en se révoltant, en soulignant les injustices, les absurdités, tisse une toile plus solide entre les êtres, entre les peuples. Oui, en ce sens il lutte contre les préjugés et les formes d’oppression de l’homme par l’homme. J’ai le sentiment que mon travail de création met en avant l’universalité des sentiments humains, la dignité et l’espoir.

Vous-même avec votre compagnie avez inventé une sorte d’équilibre entre nomadisme et résidence avec un pied sur deux continents…

Ce n’est pas un accident, mais une volonté. Comme je le soulignais précédemment, le créateur est influencé par son milieu, par ce qui l’entoure. Si on veut créer des ponts, il faut soi-même en poser les piliers. Trouver un équilibre, une convergence entre deux continents, c’est la seule façon de rassembler. Comme les nomades, il me semble important d’avoir des points d’ancrage et de rassemblement tout au long du voyage, pour ne pas oublier le lien, l’échange, le partage.

La danse est un art contemporain qui intimide parfois. La particularité de votre compagnie est de mener beaucoup d’actions culturelles y compris par l’intermédiaire de stages qui réduisent le pont avec les amateurs…

L’art n’est pas un temple réservé aux initiés. L’artiste créé pour montrer, une œuvre n’existe que si elle est regardée par le plus grand nombre. Il me semble essentiel de faire tomber les hauts murs qui intimident parce que ce qu’il y a derrière est invisible et mystérieux. L’art parle à l’homme et au monde, il faut qu’il soit vu, touché, ressenti par l’homme et le monde, exposé à la vue de tous, accessible à tous.

Françaises ethniques s’intéresse aussi aux femmes. La danse tantôt oppose, tantôt lisse les relations entre les hommes et les femmes. Est-ce important dans votre démarche ?

De manière générale, en Afrique ou avec l’Afrique, que peu apporter le regard de la danse sur les rapports homme /femme ? Il faut se battre pour que de telles questions sur les rapports hommes-femmes ne soient plus posées. Je ne sais quoi répondre, qu’elle que soit ma réponse, elle pourrait être mal interprétée. Les femmes luttent pour leurs droits dans le monde entier, ils sont souvent bafoués. J’espère que le changement que je sens est une réalité. Quoi qu’il en soit, je donne à voir sur scène des artistes qui s’expriment, qui transmettent, qui racontent, et ce, bien au-delà du genre.

T.S

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Journaliste depuis plus de 15 ans, ayant exercé pour différents magazines dont Amina ou encore Respect Mag, l'arrivée de son petit garçon dans sa vie l'a poussée à porter un nouveau regard sur le monde, à se poser encore plus de questions. Après des heures de réflexion, il est apparu évident pour Jessica, qu'elle se devait de porter haut et fort le regard de la femme qu'elle est, française, multiple et ethnique, mais aussi et surtout celui de toutes les femmes françaises. Ainsi est né Françaises Ethniques, le magazine.

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