Le métier d’ingénieur m’a toujours passionné depuis le lycée ; ce qui fait que j’ai orienté mon projet professionnel dans ce sens. Celui d’être parmi les meilleurs ingénieurs de ma génération. Je veux contribuer fortement à la construction de mon pays d’origine en révolutionnant l’art de construire et en mettant en place des systèmes constructifs adaptés aux réalités du pays. A propos de la distinction Jeunes Ambassadeurs de la Région. Comment cela s’est-il déroulé ? comment l’avez-vous vécu ? Chaque année, les Jeunes Ambassadeurs (JA) ont la possibilité de participer à un concours de projets, « les trophées ». C’est ainsi que j’ai postulé à ce concours en tant que JA en présentant le projet « Béog na neeré » qui signifie « Un lendemain meilleur ». Après la phase écrite où il y’avait 40 projets en compétition, j’ai été sélectionné pour faire partie des 12 finalistes qui doivent défendre oralement et individuellement leur projet devant le jury. C’est à l’issu de cette dernière phase que les 4 lauréats ont été sélectionnés lors de la cérémonie de remise des trophées le 4 Avril 2019. Recevoir le trophée a été l’un des moments les plus joyeux de ma vie. Une satisfaction pour tout le travail accompli et une motivation à toujours donner le meilleur pour concrétiser le projet.

Festival Lafibala 2019


Vous soutenez un projet au sujet des techniques de construction au Burkina Faso. Comment vous est venue cette idée ?


La dernière journée du Festival Lafibala à Chambéry (30 juin 2019) et ses « causeries » était l’occasion d’échanger avec Romuald Wendkûuni KINDA, étudiant à l’IUT du Bourget du Lac. Récent Ambassadeur jeunesse de la région Auvergne Rhône Alpes pour son projet de développement durable en lien avec le Burkina Faso, mais aussi pour son projet de valorisation de construction avec un matériau durable local, le jeune ambassadeur est actuellement en stage de fin d’étude en tant que Assistant Chef de Projet. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un ambitieux ! Après des études d’ingénieur à l’Institut International d’Ingénierie de l’eau et de l’Environnement (2iE), au Burkina Faso, et après l’obtention d’une licence, de trois années d’études du bachelor en Génie Civil Hydraulique à 2iE, ce battant a postulé au programme de double diplôme établit suite à l’accord conclu entre 2iE et Polytech Annecy Chambéry (PAC) de l’Université Savoie Mont Blanc (USMB). C’est à travers ce programme que Romuald est venu en France, à PAC pour poursuivre ses études du cycle ingénieur (Master) pour l’obtention des diplômes d’ingénieur des deux écoles.

Vous êtes étudiant à Polytech / Université de Savoie. Souhaitez-vous devenir ingénieur ?

J’ai constitué une équipe d’étudiants burkinabé afin de réfléchir à la manière dont nous pouvons apporter notre touche au développement de notre pays, le Burkina Faso. Nous sommes tombés d’accord sur le fait que nous devrons apporter une révolution dans le domaine de la construction. Et c’est de là que nous est venu l’idée de promouvoir les matériaux de construction locaux, qui regorgent de potentialités importantes; et des caractéristiques physiques adaptées à la particularité du climat Burkinabé.

Est-ce une dimension que vous allez valider dans votre propre diplôme ?

Non, Ce ne sera pas le cas, au vu du stage que j’effectue actuellement.
Mais néanmoins, mes études, dans les deux écoles, m’ont permis de bien appréhender les notions de l’efficacité énergétique dans les bâtiments et du développement durable. Et donc, même si mes études ne ciblent pas particulièrement tous les aspects de mon projet, les compétences acquises durant ces dernières années d’études me donnent la base nécessaire pour entamer le projet. 
Je continue de me documenter sur tout ce qui est de la construction en terre, afin d’avoir toutes les connaissances nécessaires dans le domaine. C’est ainsi que Mme Pascale DE LA SELLE de l’association des jeunes ambassadeurs, m’a proposé de visiter la librairie Archipelle de Lyon où je peux avoir des œuvres susceptibles de m’aider dans le cadre de mon projet.


Etes-vous parti d’un cas concret ?

L’idée du projet est venue de plusieurs cas concrets constatés dans mon pays d’origine. La première est Que le Burkina connait des températures assez élevés (max variant entre 42 et 45°) avec des constructions faites à 90% avec des parpaings de ciment et une toiture en tôles ondulées. Ces matériaux emmagasinent la température dans ces maisons détériorant le cadre de vie. Ceux qui le peuvent utilisent des systèmes de climatisation et de refroidissement en vue d’avoir un cadre optimal.
Cela entraine des fortes consommations énergétiques qui d’ailleurs est non suffisante pour les besoins du pays.

L’autre cas est celui d’un de mes amis qui est instituteur à l’école primaire.
Comme tous les nouveaux instituteurs, il a été envoyé dans une localité reculée du Burkina pour exercer ses fonctions.
Lors d’une conversation sur un des réseaux sociaux, il m’a envoyé une photo de lui avec les élèves qu’il encadre afin de me montrer la condition dans laquelle il travaille : des tables-bancs disposés sous un arbre faisaient office de salle de classe. Il n’y avait aucune clôture, aucune toiture ; lui et ses élèves étaient soumis aux caprices des intempéries (pluies, forte canicules, poussières etc.).
Son témoignage m’a beaucoup touché et j’en ai discuté avec mon équipe et ensemble nous avons décidé d’intégrer son cas dans le volet social de notre projet, celui de créer un cadre de vie harmonieux et sain pour l’apprentissage de nos jeunes frères du monde rural et c’est de là qu’est venu le concept « un village un ouvrage en btc ».

Ce concept est également valable pour un autre cas concret qui nous motive à mettre en place un tel projet ; Celui de l’insuffisance de centre de santé dans certaines zones rurales. Cet fait occasionne malheureusement le décès d’une centaines de femmes chaque année suite à des complications liées à la grossesse.
En fonction des priorités nous pouvons construire soit une école, soit un centre de santé ou les deux en même temps.

Avec notre expertise, la disponibilité de la terre sur toute l’étendue du pays, la main d’œuvre de la communauté rurale concernée, l’appui des acteurs financiers, nous réaliseront ces infrastructures aux profits de ces populations défavorisées.

Construire avec des matériaux locaux et naturels semble dans l’air du temps, travaillez-vous simplement sur la mise en valeur de ces matériaux ou des pistes pour les améliorer ou pour favoriser leur utilisation ?

Il faut dire que nous envisageons travailler dans les 2 cas.

En plus de mettre le matériaux en valeur, nous allons mettre en place une veille scientifique afin d’être au parfum de toutes les innovations en matières des constructions faites avec ce matériau.
Ainsi, nous pourrons informer tous nos collaborateurs des avancées dans le domaine afin de toujours offrir des services de qualité et exploiter de cette manière au maximum les potentiels de ce matériau.

Vous avancez aussi une dimension culturelle qui joue sur l’emploi de ces matériaux (le parpaing qui fait plus « moderne »), est-ce qu’il vous semble important d’aborder aussi cette dimension, peut-être avec des architectes ou ethnologues ?

Oui nous nous sommes approché des architectes dans notre démarche de lever les verrous sociétaux. Je profite de cela remercier Madame Clara Gbodossou/Sawadogo, architecte burkinabé qui nous a toujours prêtée une oreille attentive et a toujours répondu présente.

Nous avons aussi consulté égalemen des acteurs du monde de la construction du ministère chargé de la construction au Burkina.

Le but étant peaufiner notre approche pour plus d’efficacité lors du lancement effectif de notre projet.

La terre (le pisé) est aussi un matériau de construction traditionnel dans la région (en Isère plutôt) que l’on semble redécouvrir. Vous semble-t-il important de montrer qu’en France aussi on a construit aussi en terre. Est-il prévu un échange autour de ces techniques ?

Il est important de montrer qu’aussi en France on utilise la terre parce qu’il y’a une fausse idée chez nous selon laquelle seuls les moins favorisés financièrement construisent en terre. Montrer que des constructions en terre existent en France et dans de grandes nations et que certaines font partie des patrimoines mondiales fera partie de outils de sensibilisation lors de nos campagnes de sensibilisation.

Avez-vous associé/ intéressé d’autres étudiants à votre projet soient ici soit en Afrique ?

Comme je l’ai mentionné ci-haut, nous sommes un groupe d’étudiants qui partagent l’ambition de valoriser la construction en terre au Burkina. Grâce au réseau des Jeunes Ambassadeurs, j’ai pu rentrer en contact avec de potentiels partenaires qui sont prêts à nous aider à concrétiser le projet. Parmi ces acteurs, il y a des laboratoires, des architectes et des personnes ayant une compétence dans le domaine de la construction en terre, ou qui me mettre en compte en contact avec des personnes ressources. Je profite de l’occasion pour remercier le comité de suivi de projet de l’association des jeunes ambassadeurs qui ne ménage aucun effort pour me soutenir dans ce projet.
Je remercie toutes les personnes qui d’une manière ou une autre m’apporte leur soutien

Souhaitez-vous créer une entreprise par la suite ?

Pour le moment c’est plus le volet social du projet qui nous préoccupe.
Nous souhaitons mettre en place une association dans un premier temps.

Votre projet est pour le moment local. Avec cette distinction de jeune ambassadeur souhaitez-vous lui donner davantage d’envergure notamment avec d’autres jumelages en Rhône Alpes ou d’autres associations burkinabé membres par exemple du collectif Africa 50 ?

Un jumelage serait très bénéfique dans notre cas. Cela nous permettra d’avoir plusieurs de partenaires plus des crédibilités et de mener plus d’action…seul on va vite mais ensemble on va plus loin.Nous prévoyons de créer également des jumelages entre les écoles qui seront des construites à l’issu de l’opération « un village, un ouvrage en BTC » avec des écoles en France. Des moyens de communication entre les élèves à travers une visioconférence, peut être envisagé, et cela contribuera à l’ouverture d’esprit des élève. Cela leur donnera aussi une raison de plus de donner le meilleur d’eux même dans les études. Pour ce qui concerne le collectif africa 50, je rentre dans les prochains jours en contact eux afin de voir dans quel cadre, nous pouvons créer des liens de partenariat.


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