Photo de présentation : Sphinx Virtuosi, at the Kennedy Center Terrace Theater – Photo by Kevin Kennedy

Des femmes qui surmontent les barrières pour cultiver leurs talents
Le domaine de la musique classique est loin d’être dénué d’embûches et de préjugés. Cependant, le milieu fonctionne, un peu comme le sport, comme une machine de sélection constante et implacable. L’endurance, la constance accompagné d’un peu de chance est donc un sésame possible, tant ce milieu demande aussi une part de compétences « athlétiques ».  La « méthode » est indissociable de ce domaine et à force de persévérance, des talents émergent et aujourd’hui des chanteuses comme Pretty Yende, Omo Bello, Golda Shultz ou Pumeza Matchikiza se sont fait des prénoms face à leurs aînées. Et il est précieux de se dire qu’elles seront peut-être à leur tour des modèles pour une nouvelle génération de mélomanes.

Appétences et « ouverture » du classique
Ce qui est intéressant, c’est de voir aussi le besoin qu’ont certaines nouvelles familles de classes moyennes de pouvoir transmettre cette musique à leurs enfants et leur offrir le conservatoire. Pour un certain nombre de femmes, c’est un pan de culture important à offrir en termes d’éducation à leur progéniture. L’absence de conservatoire officiel et les réclamations récurrentes qui en découlent pour les caraïbes française en est un bon exemple. Il est certain qu’au-delà des étoiles montantes, il y a un courant plus général et de fond. Le nombre de nouveaux élèves, professeurs et même directeurs de conservatoires ouvre la voie à une nouvelle normalité en la matière. Dans le même temps, le milieu de la musique classique est de plus en plus sensible à des projets qui s’ouvrent vers de nouveaux horizons. Angélique Kidjo invitée pour des projets symphoniques, Sandra Nkaké choisie comme marraine des Orchestres français pour l’édition 2018 d’Orchestre en fête, beaucoup de signaux semblent positifs et encourageants.

Ce que cela dit des femmes : salons et bourgeoisie
Tout cela nous dit aussi quelque chose d’autre. La musique classique, si elle connaît un souffle de vitalité hors d’Europe, s’est construite sur ce continent en lien avec le développement de la bourgeoisie. L’essor des Rameau, Chopin, Mendelssohn, Liszt ou Fauré s’est produit grâce aux salons de la bourgeoisie européenne. Et nombre de ceux-ci étaient tenus par des femmes. Maîtresses commanditaires ou muses, de Catherine de Médicis à Georges Sand en passant par Mme de Tencin et bien d’autres, des femmes ont joué un rôle majeur pour ces créations. Ce sont de telles femmes qu’il est difficile de retrouver, peut-être car bourgeoisie et diversité ne vont pas de pair et que certaines femmes diverses choisiront d’abord l’intégration plutôt que de favoriser un aréopage fermé.
Ne disons pas ce qui n’est pas. Il y aura toujours des femmes artistes et même un peu excentriques capables de fédérer. Le reflet est inverse. Si la bourgeoisie est un système de cercle fermé, par cooptation, qui indirectement favorise les arts, et leur impulse une certaine vitalité, (car fermeture signifie toujours rejet d’un autre), les femmes dans leur essence de diversité, si elles cumulent es motifs de discrimination, seront peut-être moins à même de se structurer de la sorte, et ainsi d’encourager les arts sur ce modus operandi.

En conclusion, curieux constat que de voir l’émergence de femmes diverses dans ce milieu qui lâche peu à peu du pouvoir. Peut-être aussi car il se sent un peu en déclin, sans que les femmes soient motrices, au centre du jeu. L’apparition de ces femmes est-elle exemplaire ou plutôt un enjeu ?de façon à ce qu’elles s’en emparent, peut-être au gré de sujets nouveau à venir. Après tout, comme dans la peinture, la femme, qu’elle soit orientale, africaine, égyptienne, est déjà depuis bien longtemps au centre de la scène. Gageons que nous avons là plus que les frémissements d’un changement derrière l’apparence sympathique, photogénique et certainement aussi séduisante de l’apparition de ces jeunes nouvelles figures.

TS.

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